Trésors de la Coquille

Coquille Jean-Luc COCHENNEC. C'est avec une grande émotion que Nicole Le Maître a découvert ses toiles accrochées aux murs de la galerie Gloux. Il y a là le portrait d'une cuisinière de chez Courtin, les vaches au Cabellou, le quai d'Aiguillon sous la pluie, le marché, le visage marqué d'une vieille sardinière, le Passage-Lanriec. « Là, regardez, près du vieux pont du Moros, on voit le bâtiment de Courtin qui allait devenir notre restaurant. » Ces toiles racontent la vie du couple Le Maître, leur complicité, leur amour pour la peinture, et leur attachement pour leur ville. Les toiles du chef Jean-François Le Maître, chef cuisinier qui avait fait de La Coquille l'une des meilleures tables de la région, est décédé brutalement en 2006, alors qu'il avait décidé de vendre son restaurant. Nicole est restée sur Concarneau, mais n'a plus l'espace pour accrocher toutes ces toiles : « Elles sont restées trois ans dans ma cave, et risquaient de s'abîmer. Il y a quelques mois, j'ai eu un début d'incendie, j'ai eu peur de les perdre. C'est alors que je me suis décidée. » Il a fallu faire un choix douloureux. 70 seront mises en vente. Quand le couple a pris le restaurant ouvrier de chez Courtin, en 1967, il s'appelait le Snack fish station. « Il y avait déjà une vingtaine de toiles à l'intérieur. Nous en avons même trouvé une roulée dans la cheminée ! » Plusieurs étaient signées d'un bon peintre anglais, Milner-Kite, qui louait une chambre chez les Courtin. Dans la première moitié du XXe siècle, de nombreux peintres, de toutes nationalités, séjournaient à Concarneau. Les grands restaurants, comme le Grand Hôtel (actuel Amiral), décoraient leur salle de tableaux achetés aux artistes locaux. Le couple Le Maître a suivi cette tradition, qui est vite devenue une passion. De grandes signatures « Nous achetions uniquement sur des coups de cœur. Nous étions toujours d'accord tous les deux, nos goûts étaient à peu près les mêmes. On choisissait des tableaux montrant Concarneau, des paysages que nous avions connus dans notre jeunesse. » Mais quelquefois, ils s'emballaient aussi pour un artiste non figuratif, comme Marie-Jo Chappatte, dont quatre toiles sont exposées. « Au restaurant, chaque tableau avait sa place, on ne les bougeait presque jamais, sauf pour en mettre un nouveau. » « Jusque dans les années 70, les peintres bretons étaient oubliés, explique Françoise Gloux, directrice de la galerie, on pouvait acheter des toiles très peu cher. Il y avait pourtant parmi eux de grands talents. » Les signatures qui figurent au bas des tableaux de l'exposition sont celles d'artistes aujourd'hui reconnus : Beaufrère, Deyrolle, Milner-Kite, Hirschfeld, Lemordant, Buffet, Fromuth, Le Goût-Gérard, Chappatte, Decaris, etc. Pour acheter une toile de la collection, il faut compter environ 1 500 €. Mais on peut aussi ne venir que pour le plaisir des yeux, et le bonheur des retrouvailles. « Cette collection représente notre passé à tous, souligne Françoise Gloux, je pense qu'elle va toucher les Concarnois. » voir le site du journal